Les affiches
historiques conservées à la mairie
(en grand format et plastifiées)
Hygiène de guerre - 1918Ce panneau pédagogique a été réalisé en 1918 pour
le compte du ministère de
l’Instruction publique par Victor Prouvé, alors président de l’École de
Nancy, en Lorraine
française, le dessinateur et designer a mis dès 1914 son art et sa
notoriété au service de
la mobilisation culturelle des soldats et des civils.
De taille modeste (65,2 × 50 cm), le panneau Hygiène de guerre appartenait
à une série
de trente et une images telles que Produire ou L’Effort paysan, Le
Laboratoire ou
encore Soyez patients, soyez obstinés, qui devaient être placardées dans
les salles de
classe
L'étude suivante, œuvre de Alexandre Sumpf,a été publiée en avril 2020 sur
le site :
https://histoire-image.org/fr/etudes/hygiene-temps-guerre
ANALYSE DES IMAGES
Le panneau Hygiène de guerre est une lithographie monochrome bleue sur
fond blanc. La
moitié supérieure est occupée par une scène d’intérieur où figure, au
centre de l’image, le
titre.
Dans le tiers inférieur, un texte précise un certain nombre de
recommandations de type
alimentaire. Enfin, dans le droit fil de l’Art nouveau, dont Nancy était
l’un des berceaux en
France, le bas de l’image est décoré d’un liseré de feuillage et le
lettrage est stylisé à la
mode végétaliste.
Le repas représenté est amené par une femme à trois enfants et une autre
femme servant
de l’eau. Elle se tient debout, pendant qu’eux sont assis autour d’une
vaste table carrée,
surmontée d’une lampe à suspension, dans un intérieur confortable (nappe,
vaisselier
imposant, tableau accroché au mur, chien domestique). Rien ne connote donc
la guerre, si
ce n’est l’absence de figure masculine adulte. Ce hors-champ évident pour
le lecteur de
1918 est désamorcé par la bonne humeur générale suscitée par l’offrande de
pommes de
terre fumantes et d’eau fraîche. Ce bonheur simple est en droite file avec
le texte qui
préconise de manger moins, moins gras, et de ne pas boire d’alcool.
Au sommet de sa carrière de peintre, d’illustrateur et de designer, Victor
Prouvé ne
dédaignait pas les commandes officielles. Mieux, il semblait les chercher
pour témoigner
de son engagement patriotique.
Après trois ans et demi de guerre, Hygiène de guerre tente le tour de
force de muer en
principes d’alimentation saine ce qui a été imposé par la pénurie. Cette
campagne de
propagande contre le gaspillage et pour la privation passe par les
enfants, réputés
sensibles aux gâteries, pour mieux atteindre les parents.
À la fois mesure prise contre la tentation du marché noir et outil
d’intervention dans
l’équilibre des repas, le panneau fait aussi partie de l’arsenal officiel
pour préserver le bien
national le plus précieux : la génération qui doit permettre au pays de
compenser les
pertes humaines abyssales. La santé pour tous, et tout pour la santé – tel
est le legs de la
Grande Guerre à la population française.